
L'histoire de la République Démocratique du Congo
1885-1995 : de la colonisation à la dictature, le Congo-Zaïre en coupe réglée. Une chronologie pour comprendre le pays que l'ACOCID défend.
Depuis que le roi belge Léopold II (1835-1909) en fit une colonie privative saignée à blanc, les habitants du Congo ont paru voués à servir d'autres intérêts que les leurs. De Léopoldville à Kinshasa, leur histoire bégaie dans les intrigues nouées sans relâche par des appétits économiques insatiables, occidentaux comme africains.
Villageois et citadins n'ont cessé de s'entre-déchirer, leurs idéaux d'indépendance se fracassant sur des querelles animées par les tenants du pouvoir centralisé dans la lointaine capitale : trahisons, meurtres, sécessions, rébellions, répressions, massacres, mercenaires, casques bleus… De la « Table ronde » de Bruxelles en 1960 jusqu'à la Conférence nationale souveraine de 1990-1993, le peuple congolais a vu sa souveraineté confisquée, trois décennies durant par Joseph-Désiré Mobutu, puis de nouveau après la révolution armée de l'AFDL dirigée par Laurent-Désiré Kabila.
Les débuts coloniaux (1885-1960)
- 1885
Appâté par les perspectives commerciales décrites par l'aventurier britannique Henry Morton Stanley, le roi Léopold II de Belgique se déclare souverain sur le territoire, sous le nom d'État indépendant du Congo.
- 1908
Sous la pression de l'opinion internationale, informée de l'exploitation sanguinaire qu'il y pratique, Léopold II cède ses territoires à la Belgique. L'État indépendant du Congo devient le Congo belge.
- 1923-1925
La Société des Nations ratifie le mandat de la Belgique sur le Ruanda-Urundi, dont l'administration est rattachée à celle du Congo belge en 1925.
- 6 août 1945
L'uranium ayant servi à la fabrication de la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima provenait du Congo belge.
- 4-13 janvier 1959
À Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa), la répression des premières émeutes anti-coloniales fait des centaines de morts. La Belgique annonce alors des réformes devant conduire à l'indépendance.
- 20 janvier - 20 février 1960
Bruxelles convoque une « Table ronde » réunissant les partis nationalistes ; les discussions débouchent sur un calendrier programmant l'indépendance.
- 11-25 mai 1960
Les législatives sont remportées par le Mouvement national congolais (MNC) du charismatique Patrice-Émery Lumumba, fondé en 1956. Au Katanga, Moïse Tshombe l'emporte avec son parti Conakat.
Le Congo indépendant, le Katanga fait sécession (1960)
- 30 juin 1960
L'indépendance du Congo belge est proclamée. Joseph Kasa-Vubu devient le premier président de la République du Congo ; Patrice Lumumba est nommé Premier ministre.
- 5-8 juillet 1960
Les troupes de la Force publique se mutinent ; des dizaines de milliers de Belges fuient. Nommé chef d'état-major, Joseph-Désiré Mobutu entreprend l'africanisation de l'armée.
- 11 juillet 1960
Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga, au sud-est, avec l'appui de la Belgique et de l'Afrique du Sud.
- 14 juillet 1960
Sollicité par Kasa-Vubu et Lumumba, le Conseil de sécurité de l'ONU appelle Bruxelles à se retirer et dépêche des casques bleus au Congo.
- 5 septembre 1960
Soutenu par l'ONU et les États-Unis, Kasa-Vubu destitue Lumumba. Antoine Gizenga proclame une République populaire du Congo à Stanleyville (aujourd'hui Kisangani).
- 1er décembre 1960
Lumumba est arrêté dans le Kasaï et transféré au camp militaire de Thysville, dans le Bas-Congo.
Lumumba assassiné, Mobutu prend le pouvoir (1961-1969)
- 17 janvier 1961
Patrice Lumumba est torturé et assassiné au Katanga, comme on l'apprendra officiellement en 2000.
- 18 septembre 1961
Le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, est tué dans le crash de son avion.
- 17 janvier 1963
Sous pression internationale, Moïse Tshombe accepte de renoncer à la sécession du Katanga.
- janvier 1964
Pierre Mulele lance un soulèvement depuis le Kwilu ; des milices Mai-Mai s'organisent. À l'Est s'ouvre le maquis de Gaston Soumialot, auquel participera Laurent-Désiré Kabila, sur les rives du lac Tanganyika.
- 24 novembre 1965
Appuyé par une intervention belgo-américaine, Mobutu reconquiert l'Est. À Léopoldville, il prend le pouvoir, proclame la Deuxième République et suspend tous les partis.
- 1966-1967
Léopoldville devient Kinshasa. Mobutu crée son parti-État, le Mouvement populaire de la Révolution (MPR), dont chaque Congolais devient membre dès sa naissance.
L'authenticité et les guerres du Shaba (1971-1982)
- octobre 1971
Mobutu décrète « l'authenticité » : il prend le nom de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga et rebaptise le pays Zaïre.
- 8 mars 1977
Le FNLC attaque le Katanga, devenu Shaba ; Mobutu en vient à bout avec le concours d'un corps expéditionnaire marocain et d'une aide logistique française.
- mai 1978
Les ex-gendarmes katangais attaquent Kolwezi et y prennent des otages européens. L'intervention de parachutistes français et belges permet aux troupes zaïroises de reprendre la ville.
- 15 février 1982
Étienne Tshisekedi et douze autres parlementaires fondent dans la clandestinité le premier parti d'opposition : l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
La Conférence nationale souveraine (1990-1995)
- 24 avril 1990
Sous la pression d'un vaste mouvement populaire et du tournant démocratique en Afrique, Mobutu autorise le multipartisme et accepte l'ouverture d'une Conférence nationale.
- 10-11 mai 1990
Le massacre d'étudiants de l'Université de Lubumbashi entraîne la rupture de la coopération belge ; la Belgique, la France et les États-Unis restreignent l'accès des dignitaires zaïrois à leurs territoires.
- 19 avril 1991
La Conférence nationale se déclare souveraine (CNS). En septembre, des mutineries de militaires impayés font 117 morts et provoquent l'évacuation de plus de 9 000 expatriés.
- 16 février 1992
500 000 personnes participent à Kinshasa à la « Marche des chrétiens » réclamant la poursuite de la CNS, avec l'appui de l'Église catholique.
- 14 août 1992
Étienne Tshisekedi wa Mulumba est élu Premier ministre de la transition par la Conférence nationale souveraine.
- janvier 1993
Mobutu destitue Tshisekedi et nomme Faustin Birindwa. De nouvelles mutineries font des centaines de morts ; des affrontements ethniques éclatent au Nord-Kivu et au Katanga.
- 1er janvier 1994
Un Haut Conseil de la République / Parlement de transition (HCR-PT), présidé par Mgr Laurent Monsengwo, nomme Léon Kengo wa Dondo Premier ministre.
- 14-18 juillet 1994
Plus d'un million de Rwandais se réfugient au Zaïre après la prise de Kigali par l'Armée patriotique rwandaise du général Paul Kagame.
- fin 1995
La transition se lézarde ; Mobutu décrète sa prolongation jusqu'en juillet 1997.
Deuxième partie, De Mobutu à Kabila : les deux guerres du Congo (1996-1998). Suite à venir prochainement.